Rayé de la carte

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Le Goût des femmes à table

Déjà le titre est ambigu. On s’attend à connaître (enfin !) ce que les femmes aiment manger, au restaurant, à la maison, avec qui, comment, pourquoi… ? Comment obéissent-elles ou tout au moins sont-elles influencées par l’environnement sécuritaire en matière d’alimentation et les diktats des magazines féminins déclinant à l’infini les thèmes de la santé, de la forme, et de la ligne ? En quoi, dans une société qui se féminise et où les femmes ont quitté la cuisine, le goût peut-il changer, évoluer, et dans quel sens ? Rien de tout cela et le mystère restera donc entier. En fait, le livre décline avec ferveur un résumé de tous les clichés lus et entendus  ad nauseam  depuis des décennies sur les femmes victimes des méchants hommes qui ne veulent ni les voir ni les entendre dans les cuisines. Alors, devant tant d’ingratitude, elles doivent se débrouiller toutes seules, elles qui ont nourri l’humanité depuis la nuit des temps, oubliant que les tâches étaient alors partagées, l’homme à la recherche de la nourriture (chasse, cueillette) puis sédentarité, élevage et agriculture. Alors, pour illustrer l’époque bénie des femmes en cuisine, on nous ressort les bonnes vielles mères lyonnaises dont le talent est jugé à posteriori et avec a priori par l’auteur (veut-elle écrire « auteure » ?), bien trop jeune pour avoir goûté à leurs plats, des plats d’ailleurs qui terroriseraient toutes les jeunes femmes d’aujourd’hui. On nous parle également de la Mère Poulard ( ?) et de la femme Bise ( ?). Rien sur les années 1970, 1980 avec les Olympe, Castaing, Gardillou, Massia, et d’autres encore. Des femmes qui, comme les mères lyonnaises, avaient atteint une grande notoriété et furent encensées  par … les hommes. On aurait pu aussi se poser la question de l’absence de grands écrivains ou théoriciennes du goût et de la cuisine à l’instar d’un Escoffier, Curnonsky, La Reynière, Brillat-Savarin, etc. Les empêche-on d’écrire aussi ? Enfin, on constate depuis quelques années une arrivée importante des femmes dans le monde du vin : vigneronnes, sommelières, journalistes, qui ne semblent pas se plaindre d’un hypothétique rejet de la part des hommes. En fait, c’est un livre bâclé, ne soulevant aucun réel problème et donnant des solutions d’un autre âge. D’un autre âge aussi, l’introduction de Marc Champérard (qui dirige cette  nouvelle collection) qui croit encore que serrer la main de tous les dictateurs de la terre communiste avec Sartre reste « valorisant » quoi qu’il arrive. L’aveuglement partisan n’a pas de limite. On dirait du Mélenchon, la verve en moins. Et l’on abat des arbres pour ça ?

Par Valérie Postec
Collection « Le Manger Vrai »
Éditions PUF
160 pages  – 14 €

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