Alcools & spiritueux

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Le retour de la fée verte par Patrick Faus

 

Un verre de verte ? C’est possible aujourd’hui tandis que l’absinthe réapparaît doucement et prudemment après des décennies de diabolisation. En vert et contre tous, elle revient chargée d’histoire, de drames et d’hallucinations.
L’histoire de l’absinthe commence dans le Jura. En 1794, un certain Major Dubied ouvre la première distillerie d’absinthe à Couvet, en Suisse. Peu de temps après, en 1805, son gendre traverse la frontière et installe sa distillerie à Pontarlier. Son nom ? Henri-Louis Pernod, dont la future société Pernod Fils va dominer le monde de l’absinthe, puis des anisés jusqu’à aujourd’hui. L’engouement pour l’absinthe débute par les soldats de retour de la conquête de l’Algérie qui avaient pris cette habitude en Afrique du Nord. Très vite, la bourgeoisie mondaine et décalée s’empare du breuvage, suivis par les étudiants du Quartier Latin, pour parvenir sur les pentes de Montmartre avec les peintres (Manet, Toulouse-Lautrec, Van Gogh) et les écrivains (Rimbaud, Verlaine, de Nerval). Jamais une boisson ne sera aussi liée à l’art en général que ne le fut l’absinthe à cette époque. Plus que les pouvoirs hallucinogènes attribués aux essences contenues dans l’absinthe, dont on sait aujourd’hui qu’elles n’existaient pas, c’est plutôt l’excès de consommation et la piètre qualité de l’alcool utilisé qui étaient responsables des dégâts occasionnés par le fameux « perroquet » et son rituel immuable : une cuillère percée de trous sur les bords d’un verre empli d’une mesure d’absinthe, un sucre sur la cuillère, et un mince filet d’eau pour le dissoudre, créant ces magiques couleurs vertes.
Au début du 20ème siècle, la consommation touche toutes les classes sociales et la « muse verte » est désignée comme responsable (surtout son principe actif la « thuyone ») de tous les maux de l’alcoolisme. Les médecins parlent « d’absinthisme » dont les stades sont l’exaltation, puis la fureur, et les convulsions qui peuvent entraîner la mort. C’en est trop ! L’interdiction générale tombe en 1915. Le péril vert enrayé, les essences d’anis remplacent celles de l’absinthe. Le pastis est né mais sans l’amertume et avec plus de sucre.
Aujourd’hui, le goût de l’ancienne absinthe réapparaît grâce aux nouvelles distilleries artisanales évoluant dans l’ombre du géant Pernod-Ricard. Le premier, en 1989, fut Jean Boyer (www.jeanboyer.fr )avec son Maréchal, amer, sans sucre, et donc très proche du goût original de l’absinthe. Echec, car trop rustre. Puis vint La Muse Verte, (www.muse-verte.fr) fabriquée près d’Arcachon, tentant de recréer au plus proche le goût de l’absinthe. D’une belle couleur verte, elle reste assez rustique et puissante mais a trouvé un public. La Versinthe (www.versinthe.net) se définit comme l’héritière de la boisson « maudite » réhabilitée par la Faculté sinon par la loi. Dernière née des Distilleries et Domaines de Provence, ( www.distilleries-provence.com ) la Grande Absente est un bitter aux plantes d’absinthe dont la nouvelle formule se rapproche de l’original en allégeant le sucre et en augmentant les plantes d’absinthe. Résultat : une belle amertume et un vert saisissant. On s’y croirait !
Alors, vraie fausse absinthe ou fausse vraie absinthe ? Pour le frisson rétro actif et le plaisir pervers de l’illusion, un petit tour au bar La Fée Verte (108, rue de la Roquette, 75011) avec rituel assuré et peut-être la compagnie des futurs Van Gogh ou Verlaine … Le pouvoir des fées est sans limites !

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