Portraits

FrenchEnglish

Olivier Dauga au Château Grand Boise En Côtes de Provence par Patrick Faus

On peut dire sans trop se tromper ni le trahir que l’homme est assez atypique dans le monde du vin en général et de l’œnologie en particulier. Il travaille un look subtilement déjanté, prend des positions originales et parfois inattendues, mais c’est justement ce qui fait sa personnalité et souvent son charme. Olivier Dauga est surtout un homme passionné de vin, « faiseur de vins » comme il dit, intuitif, réactif sur les problèmes qui bloquent l’évolution du vin et de la vinification dans une propriété. Il aime surtout relever des défis et apporter des solutions, parfois décalées ou modernes mais toujours « to the point ». Parmi ses activités dans le Bordelais, le Sud-Est, le Maroc, l’Espagne et récemment l’Uklraine, on retiendra la renaissance du Château Roques Mauriac, le Château Canon Pecresse, le Château Les Eyrins en Margaux, et dernièrement la rencontre avec le Domaine Grand Boise dans les Côtes de Provence. Une belle aventure, délicate et sur la durée, qui lui permet de se lancer dans un de ses plus importants challenges.

Le Château Grand Boise

Le domaine est immense : 400 hectares de forêts, 40 kilomètres de chemins, un versant entier d’une montagne ainsi que l’autre pan surplombant la vallée de l’Arc et une vue imprenable sur la montagne Sainte-Victoire. Le nouveau propriétaire, Xavier Gervoson, par ailleurs directeur et héritier des gâteaux Bonne Maman, a vu les choses en grand : rénovation de la plupart des bâtiments dont la Bastide de 16 pièces et le Mas de Cabassude (9 pièces) à la vue grandiose et qui reçoivent aujourd’hui visiteurs, touristes, mariages et autres évènements. On trouve également plus de 800 oliviers sur trois hectares.
La vigne représente 45 hectares en 77 parcelles situées entre 300 et 600 mètres, certaines disséminées dans le domaine, d’autres qui ont été replantées sous l’impulsion d’Olivier Dauga qui trouve là matière à création et expérimentation. Cette diversité lui permet des vendanges étalées et d’attendre une belle maturité des raisins. Cuverie ultra-moderne, barriques de différentes provenance pour jouer sur une plus grande palette aromatique, Dauga se régale et travaille comme un forcené depuis son investissement au Château. L’encépagement pour les rouges et les rosés comprend syrah, grenache, cinsault, cabernet sauvignon et carignan ; sémillon, ugni blanc et rolle pour les blancs. Les vins du Château Grand Boise se présentent en appellations Côtes de Provence (rouge, rosé, blanc), et Côtes de Provence Sainte-Victoire (rouge, rosé) aux critères plus exigeants (maturité, rendement, durée d’élevage). Les gammes comprennent la cuvée Olympe en trois couleurs, la cuvée Sainte-Victoire en deux couleurs, la cuvée Mazarine en deux couleurs et la cuvée Jadis avec des vignes centenaires.

 

Dégustation / sélection

Sainte-Victoire rosé 2011 – AOC Côtes de Provence Sainte-Victoire
Syrah et grenache issus de vielles vignes
Une robe claire comme il se doit, beaucoup de fraîcheur évidemment mais de la structure et du fruit rouge en bouche. Un joli vin à boire très frais à l’apéritif ou sur la cuisine du sud. Olivier Dauga et le chef du restaurant Jadis, Guillaume Delage, le proposent sur une superbe Pascaline de Saint-Jacques et velouté d’épinards. Impeccable.
8,50 €

Mazarine blanc 2010 – AOC Côtes de Provence
Sémillon et rolle issus de vieilles vignes
Une belle robe dorée, un nez assez révélateur sur des fleurs blanches miellées, élégance, fraîcheur pour une finale assez acidulée, ma non troppo. A boire en bouteille à 10°. Parfait sur un homard bleu rôti et asperges vertes.
11,20 €

Jadis rouge 2010 – AOC Côtes de Provence
Syrah, grenache, carignan, Vignes centenaires
Magnifique ! Fruité, épicé subtilement, suave et soyeux et tout en finesse. Richesse, puissance mais de l’élégance pour envelopper le tout. Du beau travail.
Ouvrir deux heures avant le service et boire à 17° sur une pièce de bœuf rôtie.
29 €

 

Olivier Dauga et Gourmets&Co. Rencontre

Le vin a toujours été votre première passion ?
Non, d’abord il y a eu le rugby. J’ai travaillé à Cognac juste pour jouer au rugby. J’ai appris que l’on ne pouvait rien sans une équipe et que l’on pouvait avoir une petite équipe et tout gagner. Sans les hommes, on est rien. J’ai aussi découvert la distillation. J’ai commencé comme distillateur et on s’est aperçu que j’avais des qualités pour analyser des senteurs et découvrir des défauts. J’ai étudié beaucoup et j’ai persévéré dans cette voie qui s’ouvrait à moi, surtout dans la maison Martell.

Et le vin ?
C’est encore le rugby qui m’a amené à Bordeaux dans un club, le SBUC, où je jouais pilier ou deuxième ligne car je faisais 110 kilos à l’époque. J’ai fait Joinville où j’ai joué avec Gérard Bertrand qui est resté un grand copain. J’ai voulu travailler dans le Médoc et on m’a envoyé direct à Sociando-Mallet comme chef de culture avec Jean Gautreau. Un type extraordinaire. Ensuite, La Tour Carnet où j’ai appris la vinification. Puis, Jean Guillon à Roland de By qui m’a rajouté un côté plus « marchand ».

Avez-vous encore des rêves par rapport aux vins ?
Ce serait de travailler en Italie car ils ont un sens du détail et de l’analyse fort différent du nôtre, et puis j’adore ce pays et son histoire avec les vins. La Corse aussi, plus on m’en parle plus j’ai envie d’y aller. J’ai longtemps aimé les vins puissants et même rugueux mais aujourd’hui j’aime la puissance avec de la finesse. Comment pouvoir affiner un vin dans l’élégance, c’est ce qui me passionne maintenant.

Quels gros pôles d’activité avez-vous en ce moment ?
Grand Boise. L’Ukraine. Monoprix où il faut faire attention à ne pas perdre des marchés mais j’aime ce genre de pressions. Bordeaux, où j’ai réduit la voilure, et où je garde les « historiques ». La Champagne, où j’ai accepté Monial, proche de Drappier, vers Colombey-les-Deux-Eglises. Des champagnes très nets et très droits. Je viens de dire non à l’Australie pour me concentrer sur Grand Boise. Je pense que le consulting pur et dur avec plus de 100 châteaux, je n’y crois pas. Si on analyse, on voit que Michel Rolland a fait des choses extraordinaires pour Bordeaux et le monde entier mais à un moment tout le monde s’est servi de sa technique, et lui le premier, pour pouvoir gérer tout ça. Tu as beau avoir les meilleurs collaborateurs du monde tu peux difficilement gérer tout ça. J’ai à Grand Boise de très bons collaborateurs mais je suis là tous les huit jours : je passe, je goûte, je regarde les barriques. Si tu es consultant, tu passes à peine une fois par mois, et encore c’est beaucoup. En Australie, les consultants en vins sont des rock stars, les mecs se les arrachent ! Mais c’est un vrai métier, ils sont assurés comme moi je le suis et ça me coûte très cher. Mais si je fais une connerie je l’assume. Pas les autres. De toute façon, les grands du bordelais n’ont pas besoin d’un type comme moi. Nous ne sommes pas dans la même normalité.

Château Grand Boise
Chemin de Grisole
13530 Trets-en-Provence
Tél : 04 42 29 22 95
contact@grandboise.com
www.grandboise.com
Vente des vins au caveau et à la Maison Grand Boise où une sélection de produits d’épicerie fine et d’objets de décoration accompagnent les cuvées
du domaine.

Maison Grand Boise
RN7. Mévouillon. 13790 Rousset
Tél. : 04 42 24 73 06

Haut de page