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San-Antonio se met à table

La rencontre était inévitable. Elle s’est faite autour de la table. Comme tout le monde, et quelles que soient les générations, Blandine Vié a eu un rapport particulier avec le beau commissaire. Certes, sa vie privée ne nous regarde pas, mais cependant qui écrit s’expose. Le travail et l’écriture de Frédéric  Dard, auteur/créateur du personnage San-Antonio, ne sont pas d’un abord facile ni même évident. Personnages excessifs dans l’énorme comme dans la petitesse, intrigues policières souvent secondaires, et surtout la langue. Une langue unique, jamais vu avant ni après lui, au-delà de l’argot, une invention perpétuelle de mots triturés, transformés, inventés dans des flots d’écriture que l’on dirait sans fin. On a parlé de Rabelais, de  Céline, mais c’était vraiment du Frédéric Dard. Cette « énormité » se retrouve surtout dans les scènes de sexe et de bouffe avec Bérurier, le complice, de repas chez Maman pour le commissaire qui est finalement bon enfant et qui fait chez sa mère ses meilleurs repas. Tout cela n’a pas échappé à Blandine Vié qui aime autant l’écriture que la nourriture. Avec elle, nous rentrons dans le monde culinaire de San-Antonio, donc d’une époque, d’un style, et dans des appétits différents. L’auteur, grande spécialiste des recettes nous livrent, avec ses commentaires et conseils actuels, les petits plats mijotés de la maman du commissaire et ceux dont il se délecte dans certains restaurants qui ont ses faveurs. Un régal qui permet de revivre et de recréer, avec ces recettes, un monde où se nourrir était encore un plaisir de tous les jours. Finalement un livre gourmand et historique qui nous parle d’une France en voie de disparition. À jamais ? Faut voir.

Rencontre avec Blandine Vié

Gourmets&Co : Comment as-tu “rencontré” San-Antonio ?
Blandine Vié : La première fois ce fut un échec. Je devais avoir 17 ans, j’adorais les auteurs russes et j’ai fui Frédéric Dard, surtout que je n’ai jamais été très polar. J’y suis revenu beaucoup plus tard lorsque je finissais mon livre “Testicules” car je cherchais des synonymes à ce mot. J’y ai trouvé mon bonheur mais ce fut aussi une découverte à d’autres niveaux comme cette langue chatoyante, vivante et drôle. J’ai également adoré cette philosophie désabusée qui est la marque de Frédéric Dard. C’est alors que je me suis rendu compte qu’il parlait aussi de bouffe tout le temps. L’idée du livre est venue de là.

San-Antonio est le plus souvent nourri par sa mère…
C’est vraiment la mère nourricière et souvent en cuisine comme c’était le cas à cette époque. Le premier roman fut écrit en 1949 et le dernier en 1999. Les plats de sa mère sont typiques d’une cuisine bourgeoise des années 1950. Puis il y a l’inénarrable Berrurier, rabelaisien qui se nourrit toujours de charcuterie et qui ne connaît pas le péché de nourriture !
Aujourd’hui, c’est un personnage totalement aberrant…
C’est totalement un personnage provocant et provocateur avec un sens de la vie sans complexes. Pour lui, on est sur terre pour bouffer et baiser alors…allons-y ! Inconcevable aujourd’hui.
Quelles sont les adresses favorites de San-Antonio ?
Il fréquente  beaucoup les brasseries dans les années 50 et 60, il va chez Lasserre, chez Lipp et il amène ses conquêtes féminines Chez Max, rue de l’Arcade à Paris. Je ne sais pas si ce  restaurant a vraiment existé. Il va aussi au restaurant pour manger une grosse viande rouge surtout pour les enquêtes difficiles. Il se refait des globules rouges en quelque sorte !
Ces recettes ne reviennent-elles pas au goût du jour avec la mode des bistrots, des plats mijotés,  etc.. ?
J’espère ! Cela fait plus de cinq ans que l’on nous fait manger dans des dés à coudre, y’en a marre ! Dire aussi que la cuisine prend du temps c’est ridicule alors que les plats mijotés sont faciles à faire. On peut les laisser sur le feu et faire autre chose. Les courses sont simples à faire sans avoir besoin de traverser Paris pour trouver un bout de yuzu ! Pour moi, la vraie cuisine créative, c’est faire des choses différentes avec un petit budget et utiliser les restes, ce qui est un art.
Quel est ton plat favori de Félicie, la mère de San-Antonio ?
Elle fait des gratins assez sympathiques, la blanquette de veau évidemment, les fricandeaux, et certains desserts comme le gâteau de riz et les œufs à la neige.

San-Antonio se met à table
Par Blandine Vié
Editions de l’Epure
Co-édition Fleuve Noir
Illustrations de Michel Tolmer
274 pages
28 €

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