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Béni soit Angélus par Patrick Faus

 

Les grandes familles bordelaises du vin ne sont pas comme les autres. C’est tant mieux. Que ferions-nous de la banalité ou du pareil au même. A une époque où l’unicité est prônée en même temps que la diversité dans un étonnant élan schizophrène, l’héritage et le présent de la famille De Boüard de Laforest apparaissent comme un enracinement dans quelque chose de profond et de solide. Une sorte d’éternité de certaines valeurs morales qui nous paraissent soudain si lointaines et nous font mesurer ce que nous avons perdu en chemin.
A Saint-Emilion en général et au Château Angélus en particulier, la vigne et le vin « sur la terre de nos ancêtres, sont comme une religion… » affirme Hubert De Boüard. Les deux mots sont lâchés : « ancêtre » donc héritage d’une passion, d’une volonté, d’un travail acharné et d’un savoir faire ; « religion » donc croyance, foi, respect devant une nature qui nous dépasse et une spiritualité qu’elle nous donne. Angélus en est la preuve éclatante. Il fut longtemps symbole de prière aux sonneries des cloches de sept heures, midi et dix neuf heures, où chacun sur le lieu de son travail s’arrêtait, priait, se retournait en soi et vers les autres en un acte solitaire mais aussi de communion. Dans le petit vallon, les vignerons entendaient simultanément les trois clochers dont celui de Saint-Emilion, ainsi la propriété prit tout naturellement le nom d’Angélus, symbole que l’on retrouve aujourd’hui sur les étiquettes. Héritage et respect de l’ouvrage de ceux qui ont précédé. Huit générations ont inscrit la légende et la réalité du Château Angélus, classé Grand Cru Classé « A » depuis septembre dernier, rejoignant ainsi Cheval Blanc et Ausone.

Le baptême des cloches…

Depuis le début de l’année 2012, des travaux important de rénovation ont été lancés qui devraient se terminer en été 2013. Il y a quelques semaines, le très bel ensemble campanaire de plusieurs cloches différentes fut installé sur le bâtiment central. Coulées par la fonderie Paccard en Haute-Savoie, elles furent « baptisées » comme le veut la tradition, même si celle-ci est allégée et simplifiée, par le Cardinal Jean-Pierre Ricard au cours d’une cérémonie d’une intensité émotionnelle qui reflète bien cette spiritualité qui entoure ici la vigne et le vin comme depuis la nuit des temps chrétiens. Alors que la brume du matin se levait lentement sur les vignes, entourées d’un silence proche du recueillement, seulement bercées par les cloches des trois clochers alentour, les paroles de l’évangile selon Saint-Jean dites par le Cardinal résonnent encore dans le cœur des participants : « Au commencement était le Verbe » et le Verbe fut lumière, et la lumière nous sortit des ténèbres. « Le vin comme une religion » disait Hubert de Boüard…

Dégustation verticale Château Angelus

Autre moment « religieux » de cet événement et magnifique cadeau de la famille, une dégustation exceptionnelle des millésimes de Château Angélus de 1995 à 2010.
On connaît le « style » Angélus marqué par la côte sud de Saint-Emilion et par le Cabernet Franc souvent en majorité dans les assemblages : subtilité et élégance, densité et finesse, onctuosité et fraîcheur. Une telle richesse qu’il est presque vain de tenter de la décrire. Ce vin, quelque soit le millésime et chacun a son ou ses préférés, parle de lui-même, s’exprime de façon unique, mais où tout le monde se retrouve dans cette profondeur. Une dégustation d’Angélus est une communion.
Certaines pépites parmi tous ces trésors :
Millésime 1996 – cépages Merlot (40%), Cabernet Franc (60%), un nez grandiose et une bouche d’une complexité et d’une richesse sans pareille.
Millésime 1998 – cépages Merlot (60%), Cabernet Franc (40%), un nez superbe, riche, complexe, élégant et fruité avec une pointe de café. Une bouche riche, un peu astringente, mais une fraîcheur remarquable.
Millésime 2000 – cépages Merlot (60%), Cabernet Franc (40%), un nez typique sur des fruits noirs et mûrs, riche et subtil. Une bouche soyeuse, dense, délicate avec une longueur phénoménale.
Millésime 2003 – cépages Merlot (50%), Cabernet Franc (50%), encore un nez magnifique empli d’épices douces, riche et complexe. Même talent pour une bouche grandiose, fruitée et chocolatée. Une merveille absolue.
Millésime 2007 – cépages Merlot (62%), Cabernet Franc (38%), il a tout ce qui fait la force et le charme de Château Angélus : une extrême finesse au nez et une bouche subtile, gourmande, élégante, avec une finale toute en soyeux et en fraîcheur. Un chef d’œuvre.

Déjeuner (presque) sur l’herbe

Dernière réjouissance de cette journée hors du temps, le déjeuner offert par Hubert de Boüard à ses invités à l’occasion du baptême des cloches du Château Angélus. Pour l’occasion, la découverte de César Troisgros, fils de Michel Troisgros et petit-fils de Pierre Troisgros, qui avait la responsabilité des cuisines pour ce repas. Un chef jeune, bien sûr, plein de bonne volonté et sûrement de talent, en tout cas au vu de ce repas pourtant hors conditions normales. Une belle et goûteuse Tourte du temps de Brillat-Savarin, parfaite avec un Carillon de l’Angélus 2000 en magnum ; une Canette de Chalans aux poivres, poires au Merlot manquant d’équilibre à cause du surplus d’épices et de poivre, servie avec un Château Angélus 2006 ; du Brie et cèpes de l’été indien (bel intitulé) avec le Millésime 2000 ; et des Dim sum au pain d’épices, très joyeux. Un repas convivial pour une finale en beauté.

Château Angélus
Mazerat
33330 Saint-Emilion
Tél : 05 57 24 71 39
Château-angelus@chateau-angelus.com
www.chateau-angelus.com

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